Présentation


. Afrique
. Traversée du désert du Sahara de Sidi Ifni (Maroc) à Nouadhibu (Mauritanie).
. Observation de l’éclipse totale du soleil depuis les hauts plateaux de Kloto (Bénin).
. Immersion au Pays Dogon au coeur du Sahel malien (Mali).



. Amérique Latine
. Entre les tangos endiablés de Buenos Aires et le silence envoûtant de Tierra del Fuego (Argentine).
. Titicaca, le plus haut lac naviguable du monde et ses îles flottantes des Uros (Bolivie-Pérou).
. Descente du cours de l’Amazone d’Iquitos (Pérou) à Belém (Brésil).
. Hisser les voiles et flotter d’îles en îles jusqu’à Cuba (îles des Caraïbes).
. Du désert du Sonora à celui de l’Arizona (Mexique-Etats-Unis)



. Asie
. Au départ de Varanasi, remonter la vallée du Ganges (Inde). .Solitude méditative sur les sommets Tibétains. (Tibet) .Royaume de Bagan, la plus importante cité médiévale de l’Asie (Birmanie).
. Traversée des steppes Mongoles en empreintant la ligne Pékin-Moscou du Transsibérien (Chine, Mongolie, Russie).



. Australie
. Des mystères du Mont Uluru à ceux de la montagne KataTjuta.
. Sur le fil de Blencoe Falls jusqu’aux berges de Zoe Falls.
. Partir à la découverte des arts et saveurs aborigènes.



. Europe
. Malérargues, comme point de départ.
. Telle une couronne posée sur la Colline Rouge, la citadelle de L’alhambra fascine (Espagne).
. Quelque part sur le cercle polaire entre terre, eau, glace et mer (Norvège).

Mercredi 16 août 2006 3 16 /08 /Août /2006 21:27

 Nous avons dessiné dans le sable un quadrillage à seize cases, tracé des lignes horizontales, verticales et diagonales.

 

Aux deux extrémités, deux gros galets. Il joue les tigres. Au croisement des diagonales, on a disposé une vingtaine de petits cailloux par famille de cinq . Je joue les moutons.Les tigres ont faim, ils doivent manger les moutons. Les moutons ont peur, ils doivent fuir et rendre
impossible la chasse. La partie commence.


 


   Quel jour sommes-nous ?

J'ai égaré la réponse. Je sais qu'il est tard. Je sais aussi qu'ils m'attendent. J'ai su un jour que certaines questions attendent longtemps leur réponse.
Aujourd'hui est un jour de brume et de chaleur. Ma peau est moite. Mes doigts
collent au clavier. Ma tête est  une pelote de laine qui cherche à tisser une
histoire. Au loin des hommes chantent, répètent en choeur des psaumes coraniques.

Nous sommes vendredi.



  

 J'ai voulu attendre, trouver des mots et des images loin d'une forme
narrative, loin d'une description chronologique. Offrir des pensées relatives
et indirectes, sorte de flous poétiques référés à des moments vécus, sorte
d'expressions illustrant des portraits d'homme et de femme.  Offrir des
fragments de dialogues, des extraits de textes écrits ici, témoigner les envies
et les rêves de ceux qui sont mes amis.


Bien des moments se sont accumulés depuis mon départ, et les rencontres faites
ici et là aux abords de ce sentier sans toit m'apportent souvent confusions et
incompréhensions. Nos différences sont troublantes. Elles alimentent des
échanges houleux. Elles statufient nos convictions et rendent nos croyances
irréversibles.

Tu crois, je ne crois pas. Vous ne croyez pas, nous croyons.


 

Il aimait le chocolat . Ca lui était défendu. Mais derrière sa moustache
malicieuse, il grimaçait en cachette les dents pleines de chocolat.
J'aimais suivre les rituels que Monsieur Ganoune avait instauré entre lui et
moi. Cela commençait toujours de la même manière. Vers 8 heures du matin alors
que toute la famille dormait encore ; il me pinçait vigoureusement mon orteil
droit en me prononçant ces mots : Lève toi. Je ne suis pas du matin, J'ai
toujours été très admiratif des gens qui savent se lever en un seul morceau au
premier coup de sonnerie. Qui mettent en route le café et se dirigent tout
droit sous la douche. Je ne suis pas de ces gens là, le serait certainement
jamais. Ma tête pleine de rêverie, mes pieds enkilosés de la veille, mon corps
anesthésié  je ne suis au matin qu'un puzzle décomposé. Un pincement plus fort,
je sursaute, tombe éparpillé aux pieds du lit. 

 La journée commence.


 

Les choses sucrées fondent sous la langue, elles sont
comme une caresse amoureuse. Ici, les gens aiment les choses sucrées. Parfois
croquantes, parfois sablées, elles nous envahissent comme un bonheur inavoué.
Elles sont pour ceux qui savent les apprécier un cadeau de remerciemement.

A quoi ?  Au simple fait de les aimer.

 

 

Les ruelles s'éveillent lentement. Elles sont une petite sève hivernale
s'accrochant au printemps. Le soleil pas encore brûlant emprunte de timides obliques.
 Les ombres s'échappent tels des vieillards traînant leur banc. Les
gens passent et repassent les mains chargées de petits paquets.

 Les différences se côtoient sans mots
dire. Parfois elles se jugent. Parfois elles se jalousent.

 


Existence de ceux qui la regardent passer, mirage inachevé où volent des
illusions tronquées, image nonchalante où se pâment les jours à venir.
Leur cri se chante au rythme du bendir ou de la derbouka. Assis ils observent
sans relâche un arrêt de bus désertique. Ils attendent les ailes de celles au
parfait visage,la passante au visage visa.

Un jour de printemps elle descendra ici la belle étrangère venue du pays de mes
rêves. Pourquoi cet arrêt plutôt qu'un autre? Il m'a répondu : cadeau de dieu.
 

 

 

Il y a ceux et celles qui touchent des corps usés aux premières lueurs
d'une nuit éteinte. Leur acte se paye d'un argent à valeur oubliée. Leur  amour
est inexistant. Ils se frottent violemment peau contre corps. Ils se bouffent
comme un met défendu.Caresse maladroite, tendresse interdite, ils vivent reclus
en soif  de curiosité et d'apprentissage.


 Plus tard ils se recroiseront sans un regard sans un mot.

 

 

Ils mangent à pleines dents une vie désarmée de sens où seul
les paroles aimantes racontent un semblant quelque chose. Ils rêvent
comme leurs grands frêres de partir là bas, où tout le monde veut aller.Partir au
delà du détroit pour revenir un jour sans doute, riche et fier d'être parvenu.
 

 

Légende : (de haut en bas) Les dunes de l'Erg Chebbi de Merzouga, Médina de Tétouan, Impasse à Chefchaouen, Rue de Chaouen, Tanneurs, Tanneries de Fès, Le vieux pêcheur d'Essaouira, Pêcheur d'Essaouira, L'enfant seul.

Par tibo - Publié dans : librepoint
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Mardi 15 août 2006 2 15 /08 /Août /2006 01:07

 

 

Le corps dans le miroir


On lui a dit qu’une fille doit rester vierge jusqu’à l’arrivée du mari. On lui a
dit aussi de se méfier des regards tendres et des paroles douces. On lui a dit
de ne jamais regarder un garçon dans les yeux, encore moins lui parler. Tôt, on
lui a présenté un dessin du monde : le Bien d’un côté, le mal de l’autre. Elle
doit rester dans le territoire du Bien où elle sera préservée du vice et de la
honte. Sa maison, sa famille, ses parents ont toujours fait partie de ce
territoire. C’est pour cela qu’ils se portent bien et sont respectés de toute
la ville. De l’autre côté, il y a le mal et les autres. Le sexe, la cigarette,
l’alcool, la jouissance… C’est la nuit. C’est l’absence des étoiles. On ne
connaît ni Dieu ni Mohammed son prophète. Les familles perdent leur honneur et
vivent la damnation de Dieu et des hommes.
   Elle se met derrière la fenêtre et regarde les hommes passer. De temps en
temps, un couple traverse la rue. Ils se tiennent par la main ; des fois, la
femme suit derrière. Des garçons désoeuvrés passent solitaires. Certains
d’entre eux lèvent les yeux au balcon, mais n’aperçoivent pas de femme. Quand
la nuit tombe, la fille s’enferme dans la salle d’eau. Elle se déshabille et
contemple longuement son dans le miroir. Elle se tourne et se retourne, défait
sa chevelure, se maquille et se regarde. Elle ferme les yeux et laisse sa main
descendre avec douceur de son épaule à son pubis. La caresse douce et honteuse.
Après, c’est l’amertume. La désillusion. Ou tout simplement la honte, la
culpabilité. La fille se démaquille, se rhabille, ramasse sa solitude dans la
paume de la main et se jette dans un lit pour retrouver les ombres.
   Elle se remet au balcon et choisit l’homme qui passera sa main sur son corps
dans le miroir. Son corps passe son temps à attendre et s’use dans un miroir
qu’il n’arrive pas à briser jusqu’au jour où un homme, un homme de famille, un
homme qui travaille et qui désire fonder un foyer, envoie ses parents pour
demander en mariage la fille. Il ne la connaît pas encore, du moins pas
vraiment ; on a dû lui parler d’elle, on lui a vanté ses qualités. Pour la
voir, on lui a donné ses coordonnées, c’est à dire le chemin qu’elle emprunte
quotidiennement, les moments où elle se déplace seule… Il l’a vue pour la
première fois à la sortie du lycée. Il était au volant de sa voiture et faisait
semblant d’attendre quelqu’un. Il l’a à peine vue.
   Exactement ce qu’il lui faut : une fille discrète, timide, qui ne suit ni la
mode ni la politique. Bref, son choix est fait. Elle sera femme au foyer. Digne
et simple. Pas besoin de diplôme ; elle s’occupera de sa maison. Elle n’aura pas
à travailler dans une administration, à être en rapport avec d’autres hommes.
Pour le voyage de noces, ils iront en Espagne. La famille de la fille se donne
un temps de réflexion. La fille peut refuser, invoquant le désir de terminer
ses études.
   Les fiançailles. Le temps de l’amour, des baisers en cachette, des promenades
en voiture et le retour avant le dîner à la maison. L’amour comme dans un
photo-roman.
   La préparation du mariage. Des cadeaux à l’occasion des fêtes. Une bague ou
un bracelet. Le mariage est une fête où la mère pleure la rupture.Sa fille lui
est enlevée. Elle la quitte pour un autre lit, pour une autre solitude.
   La fille perd sa virginité. On en félicite le mari.
   La famille est fondée. On attend les enfants. La femme s’occupe de son foyer.
Elle prépare à manger. Une petite bonne pas chère ( venue de la campagne ) fait
les travaux durs comme la lessive et le nettoyage. Le mari mange, rote et dort.
Le soir, en sortant du travail, il retrouve ses copains (qu’il avait un peu
abandonnés pendant le temps des fiançailles) dans le café principal : lit le
journal et discute du sport ou de la moralité des autres. Il rentre pour dîner
et ressort souvent pour jouer aux cartes ou boire quelques bières avec d’autres
copains. La nuit, quand il rentre chez lui, il réveille sa femme et lui déverse
quelques gouttes de sperme entre les jambes. La femme rêve et peuple son lit
d’images en couleur.
   L’amour. C ‘est fini. C’était juste pour les fiançailles. L’amour, cette
solitude.


Les filles de Tétouan, extrait de  Les amandiers sont morts de leurs blessures ,
de Tahar Ben Jelloun.

Par tibo - Publié dans : librepoint
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 10 février 2006 5 10 /02 /Fév /2006 19:43


Tibo Streicher, le monde pour atelier
 


Installé désormais dans les Cévennes, il signe une dernière exposition à Strasbourg.
Avant de faire un tour du monde, financé en partie par ses collectionneurs.

Deux ans pour parcourir, seul, les cinq continents. « Mais s'il faut trois ans, ce sera trois ans... » Le temps ne lui manque pas. A 25 ans, Tibo Streicher peut encore se permettre quelques souplesses de calendrier. Il ne sait d'ailleurs pas encore très bien s'il partira en mars ou en avril. Et s'il attaquera son tour du monde par l'Afrique ou par l'Asie. Une chose est assurée : il partira. Barbe et chevelure de pâtre grec, Tibo Streicher a la tête de celui qui, après s'être un peu lassé de la vie trépidante de la ville, a choisi l'isolement dans un village des Cévennes. Non pas pour y faire pousser des chèvres dans un lointain remake du retour à la nature post-soixante-huitard, mais pour y poursuivre ses recherches picturales. « Là-bas, tu n'as pas le choix : tu bosses... », dit-il, en évoquant ses années strasbourgeoises « où il ne se passait pas deux soirs sans que j'aille au ciné, au théâtre ou au concert ».

Et puis l'isolement est relatif. Sa maison se trouve intégrée au site du Centre artistique Roy Hart.« C'est très cosmopolite. Des gens viennent du monde entier pour animer ou suivre des stages sur la voix. Tout en étant dans mon trou, j'ai une ouverture sur l'extérieur. »
Une trajectoire longtemps marquée par l'incertitude, quant au cap à suivre. Originaire de Lapoutroie, Tibo débarque à Strasbourg à 18 ans, réussit le concours d'entrée aux Arts Décoratifs, mais quitte l'école au bout de six mois. « Je ne savais pas encore bien ce que je voulais faire. Le théâtre, le chant, la scène d'une façon générale, m'attiraient beaucoup. Mais la peinture aussi... »

C'est finalement la logique économique qui l'a porté à privilégier la peinture : « J'ai montré mon travail dans des foires, puis en galeries. Il me permet de vivre. Depuis, quelques collectionneurs me suivent, à Paris, Strasbourg, Reims, Bordeaux... » Le suivent ? Au sens propre et figuré. Une cinquantaine d'entre eux ont accepté de financer partiellement son tour du monde. Rien de faramineux : contre 240 € chacun, - somme pouvant être mensualisée à 10 € par mois -, ils recevront, « du bout du monde », dix oeuvres originales. « Des dessins, des aquarelles, des montages photos, ce que je pourrai faire sur place, en fonction des moyens, de l'humeur du moment. »

L'effet de surprise, l'écho d'un ailleurs toujours renouvelé au gré des envois, le voyage par substitution, ou tout simplement l'intérêt porté à son travail, dont cet itinéraire vagabond constitue une nouvelle étape : « Je rencontre dans ce projet tout un panel de motivations », constate Tibo. Qui a baptisé cette opération Libre point. « Un point qui se promène sur la carte du monde... »

Et qui s'est arrêté pour un court temps à la galerie No Smoking à Strasbourg, où il montre ses derniers travaux - les plus récents se révélant les plus convaincants. Sur une toile rendue photosensible, recouvre ensuite avec de la peinture à l'huile et des pigments. En résultent une distance, une irréalité, avec des lieux dont la présence physique est, de fait, particulièrement rude, tout en se révélant onirique. « Un quai de gare, au-delà de sa banalité, c'est déjà l'appel du voyage », considère Tibo. Ces lignes de rails fuyant vers un horizon sans fin, aux couleurs parfois délavées, parfois brillantes dans la superposition des glacis, portent en elles de somptueuses promesses. Dans le regard de Tibo défilent déjà le Gange, la Cordillère des Andes, le Sahara, la Mongolie, le Pays Dogon...

Serge Hartmann


Jusqu'au 18 février chez No Smoking, 19 rue Thiergarten, à Strasbourg. Du mercredi au samedi, 15 h à 19 h.

Par tibo - Publié dans : librepoint
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires

Itinéraire


   A 25 ans, Tibo Streicher a déjà derrière lui un joli parcours. Artiste peintre au style plein de nostalgie et de profondeur, son travail fait preuve d’une maturité étonnante et lui vaut le soutien de fidèles collectionneurs. De nombreuses expositions, aussi bien personnelles que collectives, jalonnent sa jeune carrière. Elles lui ont valu quelques critiques enthousiastes qui permettent de présager un joli futur à ce poète inspiré qui s’envolera, début 2006, pour un tour du monde révélateur.


 Partagé entre le Cévennes (où il possède un atelier) et Paris, Tibo Streicher a échafaudé un projet de tour du monde pas comme les autres afin d’élargir son champs d’investigation, nourrir son inspiration et confronter ses jeunes certitudes. Ce projet va voir le jour grâce au soutien d’une cinquantaine de collectionneurs qui ont d’ores et déjà accepté de financer pour partie cette expédition en échange de dessins que l’artiste leur enverra, tous les trois mois, du bout du monde. Ces carnets de voyage épistolaires, qui serviront autant à garder le lien qu’à partager les émotions au fil d’étapes préalablement établies formeront une œuvre originale, à la fois globale et diffuse. Chaque abonné à ce voyage par souscription et délégation en sera le dépositaire. Le projet est magnifique et pour ce poète inspiré par les paysages urbains, les friches industrielles et toutes les traces de civilisation, la confrontation s’annonce prometteuse.
 L’ idée d’en découdre avec les paysages qui constitueront son itinéraire le galvanise. Et comment ne pas rêver, comme lui, à l’idée de traverser le désert du Sahara de Sidi Ifni au Maroc, de s’immerger au cœur du Pays Dogon (Mali), de se laisser emporter par la fougue d’un tango endiablé à Buenos Aires ?
 Les dessins et aquarelles qu’il enverra au fil de ses étapes promettent de porter la trace émotionnelle de ce périple qu’il nous invite à vivre avec lui, comme autant de témoins. Comme une famille laissée sur place à qui l’on donne plus que des nouvelles... la couleur de ses sentiments. Le témoignage Tibo laissera assurément une trace fondatrice dans son œuvre. Il marquera un tournant important dans le travail de ce peintre mûr pour ce type de découverte. Le suivre dans cette quête, c’est plus que l’accompagner, c’est participer à une mutation riche de sens. Tibo cherche encore une dizaine d’amateurs avant de hisser les voiles. Son invitation au voyage ne peut laisser insensibles les amateurs d’art. L’engagement sur deux ans est de 240 euros pour dix œuvres originales sur papier. Par souci d’accessibilité, l’artiste a prévu la possibilité d’un abonnement mensuel de 10€ .
Et si vous partiez avec lui ?



Bruno Lecoq,
rédacteur en chef de "Tentation".

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus